—C'est vrai, répondit le comte de Haga: vive Sa Majesté le roi de France! N'êtes-vous pas de mon avis, monsieur de La Pérouse?

—Monsieur le comte, répondit le capitaine avec cet accent à la fois caressant et respectueux de l'homme habitué à parler aux têtes couronnées, je quitte le roi il y a une heure, et le roi a été si plein de bonté pour moi, que nul ne criera plus haut: «Vive le roi!» que je ne le ferai. Seulement, comme dans une heure environ je courrai la poste pour gagner la mer, où m'attendent les deux flûtes que le roi met à ma disposition, une fois hors d'ici, je vous demanderai la permission de crier vive un autre roi que j'aimerais fort à servir, si je n'avais un si bon maître.

Et, en levant son verre, M. de La Pérouse salua humblement le comte de Haga.

—Cette santé que vous voulez porter, dit Mme du Barry, placée à la gauche du maréchal, nous sommes tous prêt, monsieur, à y faire raison. Mais encore faut-il que notre doyen d'âge la porte, comme on dirait au Parlement.

—Est-ce à toi que le propos s'adresse, Taverney, ou bien à moi? dit le maréchal en riant et en regardant son vieil ami.

—Je ne crois pas, dit un nouveau personnage placé en face du maréchal de Richelieu.

—Qu'est-ce que vous ne croyez pas, monsieur de Cagliostro? dit le comte de Haga en attachant son regard perçant sur l'interlocuteur.

—Je ne crois pas, monsieur le comte, dit Cagliostro en s'inclinant, que ce soit M. de Richelieu notre doyen d'âge.

—Oh! voilà qui va bien, dit le maréchal; il paraît que c'est toi, Taverney.

—Allons donc, j'ai huit ans de moins que toi. Je suis de 1704, répliqua le vieux seigneur.