—Malhonnête! dit le maréchal; il dénonce mes quatre-vingt-huit ans.

—En vérité! monsieur le duc, vous avez quatre-vingt-huit ans? fit M. de Condorcet.

—Oh! mon Dieu! oui. C'est un calcul facile à faire, et par cela même indigne d'un algébriste de votre force, marquis. Je suis de l'autre siècle, du grand siècle, comme on l'appelle: 1696, voilà une date!

—Impossible, dit de Launay.

—Oh! si votre père était ici, monsieur le gouverneur de la Bastille, il ne dirait pas impossible, lui qui m'a eu pour pensionnaire en 1714.

—Le doyen d'âge, ici, je le déclare, dit M. de Favras, c'est le vin que M. le comte de Haga verse en ce moment dans son verre.

—Un tokay de cent vingt ans; vous avez raison, monsieur de Favras, répliqua le comte. À ce tokay l'honneur de porter la santé du roi.

—Un instant, messieurs, dit Cagliostro en élevant au-dessus de la table sa large tête étincelante de vigueur et d'intelligence, je réclame.

—Vous réclamez sur le droit d'aînesse du tokay? reprirent en chœur les convives.

—Assurément, dit le comte avec calme, puisque c'est moi-même qui l'ai cacheté dans sa bouteille.