Puis, en lui baisant la main:

—Voyez-vous, lui dit-il à l'oreille, comme notre frère M. de Provence vous évite?

Et en disant ces mots, il désignait du doigt l'altesse royale qui, à grands pas, marchait dans le taillis plein de givre, pour aller par un détour à la recherche de son carrosse.

—Il ne veut pas que je lui fasse des reproches, dit la reine.

—Oh! quant aux reproches qu'il attend, cela me regarde, et ce n'est point pour cela qu'il vous craint.

—C'est pour sa conscience alors, dit gaiement la reine.

—Pour autre chose encore, ma sœur.

—Pourquoi donc?

—Je vais vous le dire. Il vient d'apprendre que M. de Suffren, le glorieux vainqueur, doit arriver ce soir, et comme la nouvelle est importante, il veut vous la laisser ignorer.

La reine vit autour d'elle quelques curieux, dont le respect n'éloignait pas tellement les oreilles qu'ils ne pussent entendre les paroles de son beau frère.