—Monsieur de Taverney, dit-elle, soyez assez bon pour vous occuper de mon traîneau, je vous prie, et si votre père est là, embrassez-le, je vous donne congé pour un quart d'heure.
Le jeune homme s'inclina et traversa la foule pour aller exécuter l'ordre de la reine.
La foule aussi avait compris: elle a parfois des instincts merveilleux; elle élargit le cercle, et la reine et le comte d'Artois se trouvèrent plus à l'aise.
—Mon frère, dit alors la reine, expliquez-moi, je vous prie, ce que mon frère gagne à ne point me faire part de l'arrivée de M. de Suffren.
—Oh! ma sœur, est-il bien possible que vous, femme, reine et ennemie, vous ne saisissiez pas tout à coup l'intention de ce rusé politique? M. de Suffren arrive, nul ne le sait à la cour. M. de Suffren est le héros des mers de l'Inde, et, par conséquent, a droit à une réception magnifique à Versailles. Donc, M. de Suffren arrive; le roi ignore son arrivée, le roi le néglige sans le savoir, et, par conséquent, sans le vouloir; vous de même, ma sœur. Tout au contraire, pendant ce temps, M. de Provence, qui sait l'arrivée de M. de Suffren, lui, M. de Provence accueille le marin, lui sourit, le caresse, lui fait un quatrain, et, en se frottant au héros de l'Inde, il devient le héros de la France.
—C'est clair, dit la reine.
—Pardieu! dit le comte.
—Vous n'oubliez qu'un seul point, mon cher gazetier.
—Lequel?
—Comment savez-vous tout ce beau projet de notre cher frère et beau frère?