—Encore un coup, dit-il, levez-vous, ou sinon je vous cloue sur le dossier.

—En vérité, on n'est pas plus désagréable, répondit l'inconnu en faisant doucement, et de sa seule main gauche, sortir du fourreau la petite épée qu'il avait mise en verrou, derrière lui, sur le sofa.

Oliva poussa des cris perçants.

—Ah! mademoiselle, mademoiselle, taisez-vous, dit l'homme tranquille qui avait enfin l'épée au poing sans s'être levé de son siège; taisez-vous, car il arrivera deux choses: la première, c'est que vous étourdirez M. Beausire et qu'il se fera embrocher; la seconde, c'est que le guet montera, vous frappera, et vous mènera droit à Saint-Lazare.

Oliva remplaça les cris par une pantomime des plus expressives.

Ce spectacle était curieux. D'un côté, M. Beausire débraillé, aviné, tremblant de rage, bourrait de coups droits sans portée, sans tactique, à un adversaire impénétrable.

De l'autre, un homme assis sur le sofa, une main le long du genou, l'autre armée, parant avec agilité, sans secousses, et riant de façon à épouvanter Saint-Georges lui-même.

L'épée de Beausire n'avait pu, un seul instant, garder la ligne, ballottée qu'elle était toujours par les parades de l'adversaire.

Beausire commençait à se fatiguer, à souffler, mais la colère avait fait place à une terreur involontaire; il réfléchissait que si cette épée complaisante voulait s'allonger, se fendre dans un dégagement, c'en était fait de lui, Beausire. L'incertitude le prit, il rompit et ne donna plus que sur le faible de l'épée de l'adversaire. Celui-ci le prit vigoureusement en tierce, lui enleva l'épée de la main, et la fit voler comme une plume.

L'épée fila par la chambre, traversa une vitre de la fenêtre et disparut au dehors.