—Oh! encore! encore! comte, murmura le vieillard avec avidité.

—Non, monsieur, car une seconde épreuve vous tuerait peut-être, répondit Cagliostro.

De tous les convives, c'était Mme du Barry qui, connaissant la vertu de cet élixir, avait suivi le plus curieusement les détails de cette scène.

À mesure que la jeunesse et la vie gonflaient les artères du vieux Taverney, l'œil de la comtesse suivait dans les artères la progression de la jeunesse et de la vie. Elle riait, elle applaudissait, elle se régénérait par la vue.

Quand le succès du breuvage atteignit son apogée, la comtesse faillit se jeter sur la main de Cagliostro pour lui arracher le flacon de vie.

Mais, en ce moment, comme Taverney vieillissait plus vite qu'il n'avait rajeuni...

—Hélas! je le vois bien, dit-elle tristement, tout est vanité, tout est chimère; le secret merveilleux a duré trente-cinq minutes.

—C'est-à-dire, reprit le comte de Haga, que, pour se donner une jeunesse de deux ans, il faudrait boire un fleuve.

Chacun se mit à rire.

—Non, dit Condorcet, le calcul est simple: à trente-cinq gouttes pour trente-cinq minutes, c'est une misère de trois millions cent cinquante-trois mille six gouttes, si l'on veut rester jeune un an.