—Monsieur Bœhmer comprendra que nous venions en France avec la mission toute simple d'acheter le collier, l'ambassadeur ayant été changé pendant que nous étions en chemin. L'ordre seul de venir le remplacer nous a été remis. Cet ordre, eh bien! on le montrera s'il le faut à monsieur Bossange, puisqu'on l'aura bien montré à monsieur le chancelier de l'ambassade; seulement, c'est aux ministres du roi qu'il faut tâcher de ne pas le montrer, cet ordre, car les ministres sont curieux, ils sont défiants, ils nous tracasseraient sur une foule de petits détails.

—Oh! oui, s'écria l'assemblée, ne nous mettons pas en rapport avec le ministère.

—Et si messieurs Bœhmer et Bossange demandaient...

—Quoi? fit don Manoël.

—Un acompte, dit Beausire.

—Cela compliquerait l'affaire, fit le Portugais, embarrassé.

—Car enfin, poursuivit Beausire, il est d'usage qu'un ambassadeur arrive avec des lettres de crédit, sinon avec de l'argent frais.

—C'est juste, dirent les associés.

—L'affaire manquerait là, continua Beausire.

—Vous trouvez toujours, dit Manoël avec une aigreur glaciale, des moyens pour faire manquer l'affaire. Vous n'en trouvez pas pour la faire réussir.