—Allons, trêve de charlatanisme, monsieur; si vous êtes devin, je ne suis pas venu pour mettre à l'épreuve votre science divinatoire; si vous êtes devin, tant mieux pour vous, car vous savez déjà ce que je viens vous dire, et vous pouvez à l'avance vous mettre à l'abri.

—À l'abri... reprit le comte avec un singulier sourire, et à l'abri de quoi, s'il vous plaît?

—Devinez, puisque vous êtes devin.

—Soit. Pour vous faire plaisir, je vais vous épargner la peine de m'exposer le motif de votre visite: vous venez me chercher une querelle.

—Vous savez cela?

—Sans doute.

—Alors vous savez à quel propos? s'écria Philippe.

—À propos de la reine. À présent, monsieur, à votre tour. Continuez, je vous écoute.

Et ces derniers mots furent prononcés, non plus avec l'accent courtois de l'hôte, mais avec le ton sec et froid de l'adversaire.

—Vous avez raison, monsieur, dit Philippe, et j'aime mieux cela.