—Me diras-tu, fit-il, que tu n'élèves pas ton successeur à la brochette?
—Mon successeur? dit Philippe en pâlissant.
—Me diras-tu que tu ne sais pas tout ce qu'il y a de fixité dans les idées amoureuses de la reine, alors qu'elle est possédée, et que, dans la prévision d'un changement de sa part, tu ne veux pas être complètement sacrifié, évincé, ce qui arrive toujours avec la reine, car elle ne peut aimer le présent et souffrir le passé?
—Vous parlez hébreu, monsieur le baron.
Le vieillard se mit à rire encore de ce rire strident et funèbre qui faisait tressaillir Philippe comme l'appel d'un mauvais génie.
—Tu me feras accroire que ta tactique n'est pas de ménager M. de Charny.
—Charny?
—Oui, ton futur successeur. L'homme qui peut, quand il régnera, te faire exiler, comme tu peux faire exiler MM. de Coigny, de Vaudreuil et autres.
Le sang monta violemment aux tempes de Philippe.
—Assez, cria-t-il encore une fois; assez, monsieur; je me fais honte, en vérité, d'avoir écouté si longtemps! Celui qui dit que la reine de France est une Messaline, celui-là, monsieur, est un criminel calomniateur.