—Hélas! c'est facile à comprendre.
—J'écoute.
—Vous n'ignorez pas qu'après l'avènement de Henri IV, qui fit passer la couronne de la maison des Valois dans celle des Bourbons, la famille déchue avait encore quelques rejetons, obscurs sans doute, mais incontestablement sortis de la souche commune aux quatre frères, qui tous quatre périrent si fatalement.
Les deux dames firent un signe qui pouvait passer pour un assentiment.
—Or, continua Jeanne, les rejetons des Valois, craignant de faire ombrage, malgré leur obscurité, à la nouvelle famille royale, changèrent leur nom de Valois en celui de Rémy, emprunté d'une terre, et on les retrouve, à partir de Louis XIII, sous ce nom, dans la généalogie jusqu'à l'avant-dernier Valois, mon aïeul, qui, voyant la monarchie affermie et l'ancienne branche oubliée, ne crut pas devoir se priver plus longtemps d'un nom illustre, son seul apanage. Il reprit donc le nom de Valois, et le traîna dans l'ombre et la pauvreté, au fond de sa province, sans que nul, à la cour de France, songeât que, hors du rayonnement du trône, végétait un descendant des anciens rois de France, sinon les plus glorieux de la monarchie, du moins les plus infortunés.
Jeanne s'interrompit à ces mots.
Elle avait parlé simplement et avec une modération qui avait été remarquée.
—Vous avez sans doute vos preuves en bon ordre, madame, dit l'aînée des deux visiteuses avec douceur, et en fixant un regard profond sur celle qui se disait la descendante des Valois.
—Oh! madame, répondit celle-ci avec un sourire amer, les preuves ne manquent pas. Mon père les avait fait faire, et en mourant me les a laissées toutes, à défaut d'autre héritage; mais à quoi bon les preuves d'une inutile vérité ou d'une vérité que nul ne veut reconnaître?
—Votre père est mort? demanda la plus jeune des deux dames.