—Oui, et sa mort m'a replongée dans l'abîme.

—Mais son mari vit encore; il est riche.

—Son mari, madame, c'est à lui que je dois tous mes malheurs de jeune fille, comme c'est à ma mère que je dois tous mes malheurs d'enfant. J'avais grandi, j'avais embelli peut-être; il s'en aperçut; il voulut mettre un prix à ses bienfaits: je refusai. Ce fut sur ces entrefaites que Mme de Boulainvilliers mourut, et moi, moi qu'elle avait mariée à un brave et loyal militaire, M. de La Motte, je me trouvai, séparée que j'étais de mon mari, plus abandonnée après sa mort que je ne l'avais été après la mort de mon père.

«Voilà mon histoire, madame. J'ai abrégé: les souffrances sont toujours des longueurs qu'il faut épargner aux gens heureux, fussent-ils bienfaisants, comme vous paraissez l'être, mesdames.

Un long silence succéda à cette dernière période de l'histoire de Mme de La Motte.

L'aînée des deux dames le rompit la première.

—Et votre mari, que fait-il? demanda-t-elle.

—Mon mari est en garnison à Bar-sur-Aube, madame; il sert dans la gendarmerie, et, de son côté, attend des temps meilleurs.

—Mais vous avez sollicité auprès de la cour?

—Sans doute!