—Oh! l'horrible histoire! murmurèrent les deux dames.

—Mais alors que fîtes-vous, votre père mort? demanda la plus jeune des deux visiteuses.

—Dieu eut pitié de moi. Un mois après la mort de mon pauvre père, ma mère partit avec un soldat, son amant, nous abandonnant, mon frère et moi.

—Vous restâtes orphelins!

—Oh! madame, nous, tout au contraire des autres, nous ne fûmes orphelins que tant que nous eûmes une mère. La charité publique nous adopta. Mais comme mendier nous répugnait, nous ne mendiions que dans la mesure de nos besoins. Dieu commande à ses créatures de chercher à vivre.

—Hélas!

—Que vous dirai-je, madame? un jour j'eus le bonheur de rencontrer un carrosse qui montait lentement la côte du faubourg Saint-Marcel; quatre laquais étaient derrière; dedans, une femme belle et jeune encore; je lui tendis la main: elle me questionna; ma réponse et mon nom la frappèrent de surprise, puis d'incrédulité. Je donnai adresse et renseignements. Dès le lendemain, elle savait que je n'avais pas menti; elle nous adopta, mon frère et moi, plaça mon frère dans un régiment, et me plaça dans une maison de couture. Nous étions sauvés tous deux de la faim.

—Cette dame, n'est-ce pas Mme Boulainvilliers?

—Elle-même.

—Elle est morte, je crois?