—A tué Althotas tout seul, ou plutôt le sage, fatigué de la vie, a voulu mourir.

—C'est étrange.

—Non, c'est naturel. Moi, j'ai songé cent fois à en finir de vivre à mon tour.

—Oui, mais vous y avez persisté, cependant.

—Parce que j'ai choisi un état de jeunesse dans lequel la belle santé, les passions, les plaisirs du corps me procurent encore quelque distraction; Althotas, au contraire, avait choisi l'état de vieillesse.

—Il fallait qu'Althotas fît comme vous.

—Non pas, il était un homme profond et supérieur, lui; de toutes les choses de ce monde, il ne voulait que la science. Et cette jeunesse au sang impérieux, ces passions, ces plaisirs, l'eussent détourné de l'éternelle contemplation; monseigneur, il importe d'être exempt toujours de fièvre; pour bien penser, il faut pouvoir s'absorber dans une somnolence imperturbable.

«Le vieillard médite mieux que le jeune homme, aussi quand la tristesse le prend, n'y a-t-il plus de remède. Althotas est mort victime de son dévouement à la science. Moi, je vis comme un mondain, je perds mon temps et ne fais absolument rien. Je suis une plante... je n'ose dire une fleur; je ne vis pas, je respire.

—Oh! murmura le cardinal, avec l'homme ressuscité, voilà tous mes étonnements qui renaissent. Vous me rendez, monsieur, à ce temps où la magie de vos paroles, où le merveilleux de vos actions doublaient toutes mes facultés, et rehaussaient à mes yeux la valeur d'une créature. Vous me rappelez les vieux rêves de ma jeunesse. Il y a dix ans, savez—vous, que vous m'ayez apparu.

—Je le sais, nous avons bien baissé tous deux, allez. Monseigneur, moi je ne suis plus un sage, mais un savant. Vous, vous n'êtes plus un beau jeune homme, mais un beau prince. Vous souvient-il, monseigneur, de ce jour où dans mon cabinet, rajeuni aujourd'hui par les tapisseries, je vous promettais l'amour d'une femme dont ma voyante avait consulté les blonds cheveux?