—Vous m'offririez votre adorable personne, je refuserais, tant j'aime à n'inspirer que des sentiments vrais, purs et dégagés de tout intérêt. Vous m'avez cru intéressé, vous êtes tombée en ma dépendance. Vous vous croyez engagée; je vous croirais plus reconnaissante que sensible, plus effrayée qu'amoureuse: restons comme nous sommes. J'accomplis en cela votre désir. Je préviens toutes vos délicatesses.
Oliva laissa tomber ses beaux bras et s'éloigna honteuse, humiliée, dupe de cette générosité de Cagliostro sur laquelle elle n'avait pas compté.
—Ainsi, dit le comte, ainsi ma chère Oliva, c'est convenu, vous me garderez comme un ami, vous aurez toute confiance en moi; vous userez de ma maison, de ma bourse et de mon crédit, et....
—Et je me dirai, fit Oliva, qu'il y a des hommes en ce monde bien supérieurs à tous ceux que j'ai connus.
Elle prononça ces mots avec un charme et une dignité qui gravèrent un trait sur cette âme de bronze dont le corps s'était autrefois appelé Balsamo.
«Toute femme est bonne, pensa-t-il, quand on a touché en elle la corde qui correspond au cœur.»
Puis se rapprochant de Nicole:
—À partir de ce soir, vous habiterez le dernier étage de l'hôtel. C'est un appartement composé de trois pièces placées en observatoire au-dessus du boulevard et de la rue Saint-Claude. Les fenêtres donnent sur Ménilmontant et sur Belleville. Quelques personnes pourront vous y voir. Ce sont des voisins paisibles, ne les craignez pas. Braves gens sans relations, sans soupçons de ce que vous pouvez être. Laissez-vous voir par eux, sans vous exposer toutefois, et surtout sans jamais vous montrer aux passants, car la rue Saint-Claude est parfois explorée par les agents de monsieur de Crosne; au moins là vous aurez du soleil.
Oliva frappa joyeusement dans ses mains.
—Voulez-vous que je vous y conduise? dit Cagliostro.