La compagne de la reine entraînait Sa Majesté vers les bains d'Apollon.
Une horrible anxiété, une toute nouvelle souffrance terrassa Charny. Dans son innocente probité, il ne s'était pas imaginé que le crime pût aller jusque-là.
La reine, souriant et chuchotant, marcha vers le sombre asile au seuil duquel l'attendait, les bras ouverts, le gentilhomme inconnu.
Elle entra, tendant aussi les bras. La grille de fer se referma sur elle.
La complice demeura en dehors, appuyée sur un cippe brisé tout moelleux de feuillages.
Charny avait mal calculé ses forces. Elles ne pouvaient résister à un semblable choc. Au moment où, dans sa rage, il allait se précipiter sur la confidente de la reine pour la démasquer, la reconnaître, l'injurier, l'étouffer peut-être, le sang afflua comme un torrent vainqueur à ses tempes, à sa gorge, et l'étouffa.
Il tomba sur les mousses en râlant un faible soupir, qui alla troubler une seconde la tranquillité de cette sentinelle placée aux portes des bains d'Apollon.
Une hémorragie intérieure, causée par sa blessure qui s'était rouverte, l'étouffait.
Charny fut rappelé à la vie par le froid de la rosée, par l'humidité de la terre, par l'impression vivace de sa propre douleur.
Il se releva en trébuchant, reconnut les lieux, sa situation, se souvint et chercha.