La sentinelle avait disparu, nul bruit ne se faisait entendre. Une horloge qui sonna deux heures dans Versailles lui apprit que son évanouissement avait été bien long.
Sans aucun doute, l'affreuse vision avait dû disparaître: reine, amant, suivante avaient eu le temps de fuir. Charny put s'en convaincre en regardant par-dessus le mur les traces récentes du départ d'un cavalier.
Ces vestiges, et les brisures de quelques branches aux environs de la grille des bains d'Apollon, composaient toute la conviction du pauvre Charny.
La nuit fut un long délire. Au matin, il ne s'était pas calmé.
Pâle comme un mort, vieilli de dix années, il appela son valet de chambre et se fit habiller de velours noir, comme un riche du tiers état.
Sombre, muet, absorbant toutes ses douleurs, il s'achemina vers le château de Trianon au moment où la garde venait d'être relevée, c'est-à-dire vers dix heures.
La reine sortait de la chapelle où elle venait d'entendre la messe.
Sur son passage se baissaient respectueusement les têtes et les épées.
Charny vit quelques femmes rouges de dépit en trouvant que la reine était belle.
Belle, en effet, avec ses beaux cheveux relevés sur ses tempes. Sa figure aux traits fins, sa bouche souriante, ses yeux fatigués, mais brillants d'une douce clarté.