—Et ceux à qui vous avez vendu ne vous ont pas payé, mon pauvre Bœhmer; tant pis. Il faut que ces gens-là fassent comme j'ai fait; il faut que, ne pouvant acheter le collier, ils vous le rendent en vous laissant les acomptes.
—Plait-il?... balbutia le joaillier qui chancela comme le voyageur imprudent qui reçoit sur la tête un coup de soleil d'Espagne. Qu'est-ce que Votre Majesté me fait l'honneur de me dire?
—Je dis, mon pauvre Bœhmer, que si dix acheteurs vous rendent votre collier comme je vous l'ai rendu en vous laissant deux cent mille livres de pot-de-vin, cela vous fera deux millions, plus le collier.
—Votre Majesté... s'écria Bœhmer ruisselant de sueur, dit bien qu'elle m'a rendu le collier?
—Mais oui, je le dis, répliqua la reine tranquillement. Qu'avez-vous?
—Quoi! continua le joaillier, Votre Majesté nie m'avoir acheté le collier?
—Ah çà! mais quelle comédie jouons-nous, dit sévèrement la reine. Est-ce que ce maudit collier est destiné à faire toujours perdre la tête à quelqu'un?
—Mais, reprit Bœhmer, tremblant de tous ses membres, c'est qu'il me semblait avoir entendu de la bouche même de Votre Majesté... qu'elle m'avait rendu, Votre Majesté a dit RENDU le collier de diamants.
La reine regarda Bœhmer en se croisant les bras.
—Heureusement, dit-elle, que j'ai là de quoi vous rafraîchir la mémoire, car vous êtes un homme bien oublieux, monsieur Bœhmer, pour ne rien dire de plus désagréable.