Elle alla droit à son chiffonnier, en tira un papier qu'elle ouvrit, qu'elle parcourut et qu'elle tendit lentement au malheureux Bœhmer.
—Le style est assez clair, dit-elle, je suppose. Et elle s'assit pour mieux regarder le joaillier pendant qu'il lisait.
Le visage de celui-ci exprima d'abord la plus complète incrédulité, puis, par degrés, l'effroi le plus terrible.
—Eh bien! dit la reine. Vous reconnaissez ce reçu qui atteste en si bonne forme que vous avez repris le collier; et, à moins que vous n'ayez oublié aussi que vous vous appelez Bœhmer....
—Mais, madame, s'écria Bœhmer étranglant de rage et de frayeur tout ensemble, ce n'est pas moi qui ai signé ce reçu-là.
La reine recula en foudroyant cet homme de ses deux yeux flamboyants.
—Vous niez! dit-elle.
—Absolument.... Dussé-je laisser ici ma liberté, ma vie, je n'ai jamais reçu le collier; je n'ai jamais signé ce reçu. Le billot serait ici, le bourreau serait là, que je répéterais encore: non, Votre Majesté, ce reçu n'est pas de moi.
—Alors, monsieur, dit la reine en pâlissant légèrement, je vous ai donc volé, moi; j'ai donc votre collier, moi?
Bœhmer fouilla dans son portefeuille et en tira une lettre qu'il tendit à son tour à la reine....