—Je ne crois pas, madame, dit-il d'une voix respectueuse, mais altérée par l'émotion, je ne crois pas que si Votre Majesté m'avait voulu rendre le collier, elle eût écrit la reconnaissance que voici.

—Mais, s'écria la reine, qu'est-ce que ce chiffon? Je n'ai jamais écrit cela, moi! Est-ce que c'est là mon écriture?

—C'est signé, dit Bœhmer pulvérisé.

Marie-Antoinette de France.... Vous êtes fou! Est-ce que je suis de France, moi? Est-ce que je ne suis pas archiduchesse d'Autriche? Est-ce qu'il n'est pas absurde que j'aie écrit cela! Allons donc, monsieur Bœhmer, le piège est trop grossier; allez-vous-en le dire à vos faussaires.

—À mes faussaires... balbutia le joaillier, qui faillit s'évanouir en entendant ces paroles. Votre Majesté me soupçonne, moi, Bœhmer?

—Vous me soupçonnez bien, moi, Marie-Antoinette! dit la reine avec hauteur.

—Mais cette lettre, objecta-t-il encore en désignant le papier qu'elle tenait toujours.

—Et ce reçu, répliqua-t-elle, en lui montrant le papier qu'il n'avait pas quitté.

Bœhmer fut obligé de s'appuyer sur un fauteuil; le parquet tourbillonnait sous lui. Il aspirait l'air à grands flots, et la couleur pourprée de l'apoplexie remplaçait la livide pâleur de la défaillance.

—Rendez-moi mon reçu, dit la reine, je le tiens pour bon, et reprenez votre lettre signée Antoinette de France; le premier procureur vous dira ce que cela vaut.