—Sire, dit vivement monsieur de Breteuil, on dit que la reine a repris en dessous le marché rompu devant vous par elle; on dit, et ici je n'ai pas besoin de répéter à Votre Majesté combien mon respect et mon dévouement méprisent ces infâmes suppositions; on dit donc que les joailliers ont, de Sa Majesté la reine, un reçu attestant qu'elle garde le collier.

Le roi pâlit.

—On dit cela! répéta-t-il, que ne dit-on pas? mais cela m'étonne, après tout, s'écria-t-il. La reine aurait acheté en dessous main le collier que je ne la blâmerais point. La reine est une femme, le collier est une pièce rare et merveilleuse.

«Dieu merci! la reine peut dépenser un million et demi à sa toilette, si elle l'a voulu. Je l'approuverai, elle n'aura eu qu'un tort, celui de me taire son désir. Mais ce n'est pas au roi de se mêler dans cette affaire; elle regarde le mari. Le mari grondera sa femme s'il veut, ou s'il peut, je ne reconnais à personne le droit d'intervenir, même avec une médisance.

Le baron s'inclina devant ces paroles si nobles et si vigoureuses du roi. Mais Louis XVI n'avait que l'apparence de la fermeté. Un moment après l'avoir manifestée, il redevenait flottant, inquiet.

—Et puis, dit-il, que parlez-vous de vol?... Vous avez dit vol, ce me semble?... S'il y avait vol, le collier ne serait point dans les mains de la reine. Soyons logiques.

—Votre Majesté m'a glacé avec sa colère, dit le baron, et je n'ai pu achever.

—Oh! ma colère!... Moi, en colère!... Pour cela, baron... baron....

Et le bon roi se mit à rire bruyamment.

—Tenez, continuez, et dites-moi tout; dites-moi même que la reine a vendu le collier à des juifs. Pauvre femme, elle a souvent besoin d'argent, et je ne lui en donne pas toujours.