—Voilà précisément ce que j'allais avoir l'honneur de dire à Votre Majesté. La reine avait fait demander, il y a deux mois, cinq cent mille livres par monsieur de Calonne, et Votre Majesté a refusé de signer.
—C'est vrai.
—Eh bien! sire, cet argent, dit-on, devait servir à payer le premier quartier des échéances souscrites pour l'achat du collier. La reine n'ayant pas eu d'argent a refusé de payer.
—Eh bien? dit le roi, intéressé peu à peu, comme il arrive quand au doute succède un commencement de vraisemblance.
—Eh bien, sire, c'est ici que va commencer l'histoire que mon zèle m'ordonne de conter à Votre Majesté.
—Quoi! vous dites que l'histoire commence ici; qu'y a-t-il donc, mon Dieu! s'écria le roi, trahissant ainsi sa perplexité aux yeux du baron, qui dès ce moment garda l'avantage.
—Sire, on dit que la reine s'est adressée à quelqu'un pour avoir de l'argent.
—À qui? à un juif, n'est-ce pas?
—Non, sire, pas à un juif.
—Eh mon Dieu! vous me dites cela d'un air étrange, Breteuil. Allons, bien! je devine; une intrigue étrangère: la reine a demandé de l'argent à son frère, à sa famille. Il y a de l'Autriche là-dedans.