—Je comprends, répliqua la reine; vous ne me pardonnez pas d'avoir été froide pour votre frère, et lui-même m'accuse peut-être de légèreté, de caprice même?
—Mon frère est un trop respectable sujet pour accuser la reine, dit Andrée, en s'efforçant de garder sa raideur.
La reine vit bien qu'elle se rendrait suspecte en augmentant la dose de miel destinée à apprivoiser le cerbère. Elle s'arrêta au milieu de ses avances.
—Toujours est-il, dit-elle, qu'en venant à Saint-Denis parler à Madame[4], j'ai voulu vous voir et vous assurer que de près comme de loin, je suis votre amie.
Andrée sentit cette nuance; elle craignit d'avoir à son tour offensé qui la caressait; elle craignit bien plus encore d'avoir révélé sa plaie douloureuse à l'œil toujours clairvoyant d'une femme.
—Votre Majesté me comble d'honneur et de joie, dit-elle tristement.
—Ne parlez pas ainsi, Andrée, répliqua la reine en lui serrant la main; vous me déchirez le cœur. Quoi! il ne sera pas dit qu'une misérable reine puisse avoir une amie, puisse disposer d'une âme, puisse reposer avec confiance ses yeux sur des yeux charmants comme les vôtres, sans soupçonner au fond de ces yeux l'intérêt ou le ressentiment! Oui, oui, Andrée, portez-leur envie, à ces reines, à ces maîtresses des biens, de l'honneur et de la vie de tous. Oh oui! elles sont reines; oh oui! elles possèdent l'or et le sang de leurs peuples; mais le cœur! jamais! jamais! Elles ne peuvent le prendre, et il faut qu'on le leur donne.
—Je vous assure, madame, dit Andrée ébranlée par cette chaleureuse allocution, que j'ai aimé Votre Majesté autant que j'aimerai jamais en ce monde.
Et en disant ces mots, elle rougit et baissa la tête.
—Vous... m'avez... aimée! s'écria la reine, prenant au bond ces paroles, vous ne m'aimez donc plus?