Son entretien avec madame de La Motte fut signalé par un incident remarquable. La comtesse, à qui l'on permettait de parler bas toutes les fois qu'il s'agissait de la reine, réussit à dire au cardinal:
—Éloignez tout le monde, et je vous donnerai les éclaircissements que vous demandez.
Alors monsieur de Rohan désira d'être seul, et de l'interroger à voix basse.
On le lui refusa; mais on laissa son conseil s'entretenir avec la comtesse.
Quant au collier, elle répondit qu'elle ignorait ce qu'il était devenu, mais qu'on aurait bien pu le lui donner à elle.
Et comme le conseil se récriait, étourdi de l'audace de cette femme, elle lui demanda si le service qu'elle avait rendu à la reine et au cardinal ne valait pas un million?
L'avocat répéta ces mots au cardinal, sur quoi celui-ci pâlit, baissa la tête et devina qu'il était tombé dans le piège de cet infernal oiseleur.
Mais s'il pensait déjà, lui, à étouffer le bruit de cette affaire qui perdait la reine, ses ennemis, ses amis le poussaient à ne pas interrompre les hostilités.
On lui objectait que son honneur était en jeu; qu'il s'agissait d'un vol; que sans arrêt du parlement l'innocence n'était pas prouvée.
Or, pour prouver cette innocence, il fallait prouver les rapports du cardinal avec la reine, et prouver par conséquent le crime de celle-ci.