—Que sera-ce donc lorsque vous aurez entendu! répliqua le docteur.

Et il entra seul près de Charny.

Vêtu de sa culotte d'uniforme, dont le bon docteur avait dénoué les boucles, sa jambe nerveuse et fine prise dans un bas de soie aux spirales d'opale et de nacre, ses bras étendus comme ceux d'un cadavre, et tout raides dans les manches de batiste froissée, Charny essayait de soulever sur l'oreiller sa tête plus lourde que si elle eût été de plomb.

Une sueur bouillante ruisselait en perles sur son front, et collait à ses tempes les boucles dénouées de ses cheveux.

Abattu, écrasé, inerte, il n'était plus qu'une pensée, qu'un sentiment, qu'un reflet; son corps ne vivait plus que sur cette flamme, toujours animée et s'irritant elle-même dans son cerveau, comme le lumignon dans la veilleuse d'albâtre.

Ce n'est pas une vaine comparaison que nous avons choisie, car cette flamme, seule existence de Charny, éclairait fantastiquement et d'une façon adoucie certains détails que la mémoire seule n'eût pas traduits en longs poèmes.

Charny en était à se raconter lui-même son entrevue dans le fiacre avec la dame allemande rencontrée de Paris à Versailles.

—Allemande! allemande! répétait-il toujours.

—Oui, allemande, nous savons cela, dit le docteur, route de Versailles.

—Reine de France, s'écria-t-il tout à coup.