Et sur ce mot sa complice, adressé à un accusé que le parlement venait d'absoudre, sur ce mot qui flétrissait l'idole des Parisiens, sur ce mot qui condamnait comme voleur et faussaire un des premiers princes de l'église, un des premiers princes français, le roi, comme s'il eût envoyé un défi solennel au clergé, aux nobles, aux parlements, au peuple, pour soutenir l'honneur de sa femme, le roi promena autour de lui un œil flamboyant de cette colère et de cette majesté que nul n'avait senties en France depuis que les yeux de Louis XIV s'étaient fermés pour l'éternel sommeil.
Pas un murmure, pas une parole d'assentiment n'accueillirent cette vengeance que le roi tirait de tous ceux qui avaient conspiré à déshonorer la monarchie. Alors il s'approcha de la reine qui lui tendait les deux mains avec l'effusion d'une reconnaissance profonde.
À ce moment parurent à l'extrémité de la galerie mademoiselle de Taverney, blanche d'habits comme une fiancée, blanche de visage comme un spectre, et Philippe de Taverney, son frère, qui lui donnait la main.
Andrée s'avançait à pas rapides, les regards troublés, le sein haletant; elle ne voyait pas, elle n'entendait pas; la main de son frère lui donnait la force, le courage, et lui imprimait la direction.
La foule des courtisans sourit sur le passage de la fiancée. Toutes les femmes prirent place derrière la reine, tous les hommes se rangèrent derrière le roi.
Le bailli de Suffren, tenant par la main Olivier de Charny, vint au-devant d'Andrée et de son frère, les salua et se confondit dans le groupe des amis particuliers et des parents.
Philippe continua son chemin sans que son œil eût rencontré celui d'Olivier, sans que la pression de ses doigts avertît Andrée qu'elle devait lever la tête.
Parvenu en face du roi, il serra la main de sa sœur, et celle-ci, comme une morte galvanisée, ouvrit ses grands yeux et vit Louis XVI qui lui souriait avec bonté.
Elle salua au milieu du murmure des assistants, qui applaudissaient ainsi à sa beauté.
—Mademoiselle, dit le roi en lui prenant la main, vous avez dû attendre la fin de votre deuil pour épouser monsieur de Charny; peut-être, si je ne vous eusse demandé de hâter le mariage, votre futur époux, malgré son impatience, vous eût-il permis de prendre encore un mois de délai; car vous souffrez, dit-on, et j'en suis affligé; mais je me dois d'assurer le bonheur des bons gentilshommes qui me servent comme monsieur de Charny; si vous ne l'eussiez épousé aujourd'hui, je n'assistais pas à votre mariage, partant demain pour voyager en France avec la reine. Ainsi, j'aurai le plaisir de signer votre contrat aujourd'hui, et de vous voir mariée dans ma chapelle. Saluez la reine, mademoiselle, et remerciez-la; car Sa Majesté a été toute bonne pour vous.