Madame de Misery, qui avait introduit Andrée, tira les portières, ferma les portes et sortit de l'appartement.

Andrée, debout, tremblante d'émotion et de colère, tremblante aussi de faiblesse, attendait les yeux baissés qu'une parole vînt à son cœur. Elle attendait la voix de la reine comme le condamné attend la hache qui doit lui trancher la vie.

Assurément, si Marie-Antoinette eût ouvert la bouche en ce moment, Andrée, brisée comme elle l'était, eût succombé avant de comprendre ou de répondre.

Une minute, un siècle de cette épouvantable souffrance, s'écoula avant que la reine eût fait un mouvement.

Enfin elle se leva en s'appuyant les deux mains sur les bras de son fauteuil, et prit sur la table un papier, que ses doigts vacillants laissèrent échapper plusieurs fois.

Puis, marchant comme une ombre, sans qu'on entendît d'autre bruit que le froissement de sa robe sur le tapis, elle vint, le bras étendu vers Andrée, et lui remit le papier sans prononcer une parole.

Entre ces deux cœurs, la parole était superflue: la reine n'avait pas besoin de provoquer l'intelligence d'Andrée; Andrée ne pouvait douter un moment de la grandeur d'âme de la reine.

Toute autre eût supposé que Marie-Antoinette lui offrait un riche douaire, ou la signature d'un acte de propriété, ou le brevet de quelque charge à la cour.

Andrée devina que le papier contenait autre chose. Elle le prit, et sans bouger de la place qu'elle occupait, elle se mit à le lire.

Le bras de Marie-Antoinette retomba. Ses yeux se levèrent lentement sur Andrée.