[Chapitre LIV]

[Convalescence]

Cependant la reine avait marché droit au fauteuil de Charny.

Celui-ci leva la tête au bruit des mules qui criaient sur le parquet.

—La reine! murmura-t-il en essayant de se lever.

—La reine, oui, monsieur, se hâta de dire Marie-Antoinette, la reine qui sait comment vous travaillez à perdre la raison et la vie, la reine que vous offensez dans vos rêves, la reine que vous offensez éveillé, la reine qui a soin de son honneur et de votre sûreté! Voici pourquoi elle vient à vous, monsieur, et ce n'est pas ainsi que vous devriez la recevoir.

Charny s'était levé tremblant, éperdu, puis aux derniers mots il s'était laissé glisser sur ses genoux, tellement écrasé par la douleur physique et la douleur morale, que, courbé ainsi en coupable, il ne voulait ni ne pouvait se relever.

—Est-il possible, continua la reine touchée de ce respect et de ce silence, est-il possible qu'un gentilhomme, renommé autrefois parmi les plus loyaux, s'attache comme un ennemi à la réputation d'une femme? Car notez ceci, monsieur de Charny, dès notre première entrevue, ce n'est pas la reine que vous avez vue et que je vous ai montrée, c'était une femme, et vous n'eussiez jamais dû oublier.

Charny, entraîné par ces paroles sorties du cœur, voulut essayer d'articuler un mot pour sa défense: Marie-Antoinette ne lui en laissa pas le temps.