Son cri traversa le cœur de la reine. Elle lut dans le regard éteint du jeune homme qu'il venait d'être frappé à mort, si elle ne tirait promptement de la blessure le trait qu'elle y avait enfoncé.
C'est pourquoi, miséricordieuse et douce, elle s'effraya de la pâleur et de la faiblesse du coupable, et fut près un moment d'appeler au secours.
Mais elle réfléchit que le docteur, qu'Andrée, interpréteraient mal cette pamoison du malade. Elle le releva de ses mains.
—Parlons, dit-elle, moi en reine, vous en homme. Le docteur Louis a essayé de vous guérir; cette blessure, qui n'était rien, empire par les extravagances de votre cerveau. Quand sera-t—elle guérie, cette blessure? Quand cesserez-vous de donner au bon docteur le spectacle scandaleux d'une folie qui l'inquiète? Quand partirez-vous du château?
—Madame, balbutia Charny, Votre Majesté me chasse.... Je pars, je pars.
Et il fit un mouvement si violent pour partir, que, lancé hors de son équilibre, il vint tomber en chancelant dans les bras de la reine qui lui barrait le passage.
À peine eut-il senti le contact de cette poitrine brûlante qui le retenait, à peine eut-il plié sous l'étreinte involontaire du bras qui le portait, que sa raison l'abandonna entièrement, sa bouche s'ouvrit pour laisser passer un souffle dévorant qui n'était point une parole et n'osait être un baiser.
La reine elle-même, brûlée par ce contact, fléchie par cette faiblesse, n'eut pas le temps de pousser le corps inanimé sur son fauteuil, et elle voulut s'enfuir; mais la tête de Charny était retombée en arrière. Elle battait le bois du fauteuil, une légère nuance rosée colorait l'écume de ses lèvres, une goutte rose et tiède était tombée de son front sur la main de Marie-Antoinette.
—Oh! tant mieux, murmura-t-il, tant mieux! je meurs tué par vous.
La reine oublia tout. Elle revint, saisit Charny dans ses bras, le releva, pressa sa tête morte sur son sein, appuya une main glacée sur le cœur du jeune homme.