—Pas tout à fait, cependant, reprit Danglars embarrassé; pour les domestiques, vous comprenez....

—Oui, vous vous appelez monseigneur pour vos gens; pour les journalistes, vous vous appelez monsieur; et pour vos commettants, citoyen. Ce sont des nuances très applicables au gouvernement constitutionnel. Je comprends parfaitement.»

Danglars se pinça les lèvres: il vit que, sur ce terrain-là, il n'était pas de force avec Monte-Cristo, il essaya donc de revenir sur un terrain qui lui était plus familier.

«Monsieur le comte, dit-il en s'inclinant, j'ai reçu une lettre d'avis de la maison Thomson et French.

—J'en suis charmé, monsieur le baron. Permettez-moi de vous traiter comme vous traitent vos gens, c'est une mauvaise habitude prise dans des pays où il y a encore des barons, justement parce qu'on n'en fait plus. J'en suis charmé, dis-je; je n'aurai pas besoin de me présenter moi-même, ce qui est toujours assez embarrassant. Vous aviez donc, disiez-vous, reçu une lettre d'avis?

—Oui, dit Danglars; mais je vous avoue que je n'en ai pas parfaitement compris le sens.

—Bah!

—Et j'avais même eu l'honneur de passer chez vous pour vous demander quelques explications.

—Faites, monsieur, me voilà, j'écoute et suis prêt à vous entendre.

—Cette lettre, dit Danglars, je l'ai sur moi, je crois (il fouilla dans sa poche). Oui, la voici: cette lettre ouvre à M. le comte de Monte-Cristo un crédit illimité sur ma maison.