—Je crois l'avoir déjà vu, et il me semble le reconnaître.
—En effet, dit-elle en faisant un mouvement de ses belles épaules comme si un frisson lui passait dans les veines, je comprends que lorsqu'on a une fois vu un pareil homme on ne l'oublie jamais.»
L'effet que Franz avait éprouvé n'était donc pas une impression particulière, puisqu'une autre personne le ressentait comme lui.
«Eh bien, demanda Franz à la comtesse après qu'elle eut pris sur elle de le lorgner une seconde fois que pensez-vous de cet homme?
—Que cela me paraît être Lord Ruthwen en chair et en os.»
En effet, ce nouveau souvenir de Byron frappa Franz: si un homme pouvait lui faire croire à l'existence des vampires, c'était cet homme.
«Il faut que je sache qui il est, dit Franz en se levant.
—Oh! non, s'écria la comtesse; non, ne me quittez pas, je compte sur vous pour me reconduire, et je vous garde.
—Comment! véritablement, lui dit Franz en se penchant à son oreille, vous avez peur?
—Écoutez, lui dit-elle, Byron m'a juré qu'il croyait aux vampires, il m'a dit qu'il en avait vu, il m'a dépeint leur visage, eh bien! c'est absolument cela: ces cheveux noirs, ces grands yeux brillant d'une flamme étrange, cette pâleur mortelle; puis, remarquez qu'il n'est pas avec une femme comme toutes les femmes, il est avec une étrangère... une Grecque, une schismatique... sans doute quelque magicienne comme lui. Je vous en prie, n'y allez pas. Demain mettez-vous à sa recherche si bon vous semble, mais aujourd'hui je vous déclare que je vous garde.»