Ali sortit.
Les tasses de café étaient préparées; seulement on avait, pour Albert, ajouté un sucrier. Monte-Cristo et Haydée prenaient la liqueur arabe à la manière des Arabes, c’est-à-dire sans sucre.
Haydée allongea la main et prit du bout de ses petits doigts roses et effilés la tasse de porcelaine du Japon, qu’elle porta à ses lèvres avec le naïf plaisir d’un enfant qui boit ou mange une chose qu’il aime.
En même temps deux femmes entrèrent, portant deux autres plateaux chargés de glaces et de sorbets, qu’elles déposèrent sur deux petites tables destinées à cet usage.
«Mon cher hôte, et vous, signora, dit Albert en italien, excusez ma stupéfaction. Je suis tout étourdi, et c’est assez naturel; voici que je retrouve l’Orient, l’Orient véritable, non point malheureusement tel que je l’ai vu, mais tel que je l’ai rêvé au sein de Paris; tout à l’heure j’entendais rouler des omnibus et tinter les sonnettes des marchands de limonades. Ô signora!... que ne sais-je parler le grec, votre conversation jointe à cet entourage féerique, me composerait une soirée dont je me souviendrais toujours.
—Je parle assez bien l’italien pour parler avec vous, monsieur, dit tranquillement Haydée; et je ferai de mon mieux, si vous aimez l’Orient, pour que vous le retrouviez ici.
—De quoi puis-je parler? demanda tout bas Albert à Monte-Cristo.
—Mais de tout ce que vous voudrez: de son pays, de sa jeunesse, de ses souvenirs; puis, si vous l’aimez mieux, de Rome, de Naples ou de Florence.
—Oh! dit Albert, ce ne serait pas la peine d’avoir une Grecque devant soi pour lui parler de tout ce dont on parlerait à une Parisienne; laissez-moi lui parler de l’Orient.
—Faites, mon cher Albert, c’est la conversation qui lui est la plus agréable.»