—Ah! les Romains les mangeaient? fit le jardinier; ils mangeaient les loirs?
—J’ai lu cela dans Pétrone, dit le comte.
—Vraiment? Ça ne doit pas être bon, quoi qu’on dise: Gras comme un loir. Et ce n’est pas étonnant monsieur, que les loirs soient gras, attendu qu’ils dorment toute la sainte journée, et qu’ils ne se réveillent que pour ronger toute la nuit. Tenez, l’an dernier, j’avais quatre abricots; ils m’en ont entamé un. J’avais un brugnon, un seul, il est vrai que c’est un fruit rare; eh bien, monsieur, ils me l’ont à moitié dévoré du côté de la muraille; un brugnon superbe et qui était excellent. Je n’en ai jamais mangé de meilleur.
—Vous l’avez mangé? demanda Monte-Cristo.
—C’est-à-dire la moitié qui restait, vous comprenez bien. C’était exquis, monsieur. Ah! dame, ces messieurs-là ne choisissent pas les pires morceaux. C’est comme le fils de la mère Simon, il n’a pas choisi les plus mauvaises fraises, allez! Mais, cette année, continua l’horticulteur, soyez tranquille, cela ne m’arrivera pas, dussé-je, quand les fruits seront près de mûrir, passer la nuit pour les garder.»
Monte-Cristo en avait assez vu. Chaque homme a sa passion qui le mord au fond du cœur, comme chaque fruit son ver, celle de l’homme au télégraphe, c’était l’horticulture. Il se mit à cueillir les feuilles de vigne qui cachaient les grappes au soleil, et se conquit par là le cœur du jardinier.
«Monsieur était venu pour voir le télégraphe? dit-il.
—Oui, monsieur, si toutefois cela n’est pas défendu par les règlements.
—Oh! pas défendu le moins du monde, dit le jardinier, attendu qu’il n’y a rien de dangereux, vu que personne ne sait ni ne peut savoir ce que nous disons.
—On m’a dit, en effet, reprit le comte, que vous répétiez des signaux que vous ne compreniez pas vous-même.