—Certainement, monsieur, et j’aime bien mieux cela, dit en riant l’homme du télégraphe.
—Pourquoi aimez-vous mieux cela?
—Parce que, de cette façon, je n’ai pas de responsabilité. Je suis une machine, moi, et pas autre chose, et pourvu que je fonctionne, on ne m’en demande pas davantage.»
«Diable! fit Monte-Cristo en lui-même, est-ce que par hasard je serais tombé sur un homme qui n’aurait pas d’ambition! Morbleu! Ce serait jouer de malheur.»
«Monsieur, dit le jardinier en jetant un coup d’œil sur son cadran solaire, les dix minutes vont expirer, je retourne à mon poste. Vous plaît-il de monter avec moi?
—Je vous suis.»
Monte-Cristo entra, en effet, dans la cour divisée en trois étages; celui du bas contenait quelques instruments aratoires, tels que bêches, râteaux, arrosoirs, dressés contre la muraille: c’était tout l’ameublement.
Le second était l’habitation ordinaire ou plutôt nocturne de l’employé; il contenait quelques pauvres ustensiles de ménage, un lit, une table, deux chaises, une fontaine de grès, plus quelques herbes sèches pendues au plafond, et que le comte reconnut pour des pois de senteur et des haricots d’Espagne dont le bonhomme conservait la graine dans sa coque; il avait étiqueté tout cela avec le soin d’un maître botaniste du Jardin des plantes.
«Faut-il passer beaucoup de temps à étudier la télégraphie, monsieur? demanda Monte-Cristo.
—Ce n’est pas l’étude qui est longue, c’est le surnumérariat.