L'empoisonneuse n'avait plus rien à faire dans cette chambre; elle recula avec tant de précaution, qu'il était visible qu'elle redoutait le craquement de ses pieds sur le tapis, mais, tout en reculant, elle tenait encore le rideau soulevé absorbant ce spectacle de la mort qui porte en soi son irrésistible attraction, tant que la mort n'est pas la décomposition, mais seulement l'immobilité, tant qu'elle demeure le mystère, et n'est pas encore le dégoût.
Les minutes s'écoulaient; Mme de Villefort ne pouvait lâcher ce rideau qu'elle tenait suspendu comme un linceul au-dessus de la tête de Valentine. Elle paya son tribut à la rêverie: la rêverie du crime, ce doit être le remords.
En ce moment, les pétillements de la veilleuse redoublèrent.
Mme de Villefort, à ce bruit, tressaillit et laissa retomber le rideau.
Au même instant la veilleuse s'éteignit, et la chambre fut plongée dans une effrayante obscurité.
Au milieu de cette obscurité, la pendule s'éveilla et sonna quatre heures et demie.
L'empoisonneuse, épouvantée de ces commotions successives, regagna en tâtonnant la porte, et rentra chez elle la sueur de l'angoisse au front.
L'obscurité continua encore deux heures.
Puis peu à peu un jour blafard envahit l'appartement filtrant aux lames des persiennes; puis peu à peu encore, il se fit grand, et vint rendre une couleur et une forme aux objets et aux corps.
C'est à ce moment que la toux de la garde-malade retentit dans l'escalier, et que cette femme entra chez Valentine, une tasse à la main.