Aussi ce visage pâle, au regard enflammé, fut-il pour Villefort une effrayante apparition.
Chaque fois qu'il s'était trouvé en contact avec son père, il s'était toujours passé quelque chose de terrible.
«Voyez ce qu'ils en ont fait! cria Morrel, une main encore appuyée au dossier du fauteuil qu'il venait de pousser jusqu'au lit, et l'autre étendue vers Valentine; voyez, mon père, voyez!»
Villefort recula d'un pas et regarda avec étonnement ce jeune homme qui lui était presque inconnu, et qui appelait Noirtier son père.
En ce moment toute l'âme du vieillard sembla passer dans ses yeux, qui s'injectèrent de sang; puis les veines de son cou se gonflèrent, une teinte bleuâtre comme celle qui envahit la peau de l'épileptique, couvrit son cou, ses joues et ses tempes; il ne manquait à cette explosion intérieure de tout l'être qu'un cri.
Ce cri sortit pour ainsi dire de tous les pores, effrayant dans son mutisme, déchirant dans son silence.
D'Avrigny se précipita vers le vieillard et lui fit respirer un violent révulsif.
«Monsieur! s'écria alors Morrel, en saisissant la main inerte du paralytique, on me demande ce que je suis, et quel droit j'ai d'être ici. Ô vous qui le savez, dites-le, vous! dites-le!»
Et la voix du jeune homme s'éteignit dans les sanglots.
Quant au vieillard, sa respiration haletante secouait sa poitrine. On eût dit qu'il était en proie à ces agitations qui précèdent l'agonie.