—Vous avez tort?»

«M'empêchera-t-on de n'être pas le plus malheureux?

«Dites, monsieur, dites, est-ce vous qui aurez ce courage?

—Oui, Morrel, dit Monte-Cristo, d'une voix dont le calme contrastait étrangement avec l'exaltation du jeune homme; oui, ce sera moi.

—Vous! s'écria Morrel avec une expression croissante de colère et de reproche; vous qui m'avez leurré d'un espoir absurde; vous qui m'avez retenu, bercé, endormi par de vaines promesses, lorsque j'eusse pu, par quelque coup d'éclat, par quelque résolution extrême, la sauver, ou du moins la voir mourir dans mes bras; vous qui affectez toutes les ressources de l'intelligence, toutes les puissances de la matière; vous qui jouez ou plutôt qui faites semblant de jouer le rôle de la Providence, et qui n'avez pas même eu le pouvoir de donner du contrepoison à une jeune fille empoisonnée! Ah! en vérité, monsieur, vous me feriez pitié si vous ne me faisiez horreur!

—Morrel...

—Oui, vous m'avez dit de poser le masque; eh bien, soyez satisfait, je le pose.

«Oui, quand vous m'avez suivi au cimetière, je vous ai encore répondu, car mon cœur est bon; quand vous êtes entré, je vous ai laissé venir jusqu'ici... Mais puisque vous abusez, puisque vous venez me braver jusque dans cette chambre où je m'étais retiré comme dans ma tombe; puisque vous m'apportez une nouvelle torture, à moi qui croyais les avoir épuisées toutes, comte de Monte-Cristo, mon prétendu bienfaiteur, comte de Monte-Cristo, le sauveur universel, soyez satisfait, vous allez voir mourir votre ami!...»

Et Morrel, le rire de la folie sur les lèvres, s'élança une seconde fois vers les pistolets.

Monte-Cristo, pâle comme un spectre, mais l'œil éblouissant d'éclairs, étendit la main sur les armes, et dit à l'insensé: