—Je ne désire qu'une chose, Edmond: que mon fils soit heureux.

—Priez le Seigneur, qui seul tient l'existence des hommes entre ses mains, d'écarter la mort de lui, moi, je me charge du reste.

—Merci, Edmond.

—Mais vous, Mercédès?

—Moi je n'ai besoin de rien, je vis entre deux tombes: l'une est celle d'Edmond Dantès, mort il y a si longtemps; je l'aimais! Ce mot ne sied plus à ma lèvre flétrie, mais mon cœur se souvient encore, et pour rien au monde je ne voudrais perdre cette mémoire du cœur. L'autre est celle d'un homme qu'Edmond Dantès a tué; j'approuve le meurtre, mais je dois prier pour le mort.

—Votre fils sera heureux, madame, répéta le comte.

—Alors je serai aussi heureuse que je puis l'être.

—Mais... enfin... que ferez-vous?»

Mercédès sourit tristement.

«Vous dire que je vivrai dans ce pays comme la Mercédès d'autrefois, c'est-à-dire en travaillant, vous ne le croiriez pas; je ne sais plus que prier, mais je n'ai point besoin de travailler; le petit trésor enfoui par vous s'est retrouvé à la place que vous avez indiquée; on cherchera qui je suis, on demandera ce que je fais, on ignorera comment je vis, qu'importe! c'est une affaire entre Dieu, vous et moi.