«Dites, répéta-t-il.
—Ce cachot, reprit le concierge, était habité par un prisonnier, il y a longtemps de cela, un homme fort dangereux, à ce qu'il paraît, et d'autant plus dangereux qu'il était plein d'industrie. Un autre homme habitait ce château en même temps que lui; celui-là n'était pas méchant; c'était un pauvre prêtre qui était fou.
—Ah! oui, fou, répéta Monte-Cristo; et quelle était sa folie?
—Il offrait des millions si on voulait lui rendre la liberté.»
Monte-Cristo leva les yeux au ciel, mais il ne vit pas le ciel: il y avait un voile de pierre entre lui et le firmament. Il songea qu'il y avait eu un voile non moins épais entre les yeux de ceux à qui l'abbé Faria offrait des trésors et ces trésors qu'il leur offrait.
«Les prisonniers pouvaient-ils se voir? demanda Monte-Cristo.
—Oh! non, monsieur, c'était expressément défendu; mais ils éludèrent la défense en perçant une galerie qui allait d'un cachot à l'autre.
—Et lequel des deux perça cette galerie?
—Oh! ce fut le jeune homme, bien certainement, dit le concierge; le jeune homme était industrieux et fort, tandis que le pauvre abbé était vieux et faible; d'ailleurs il avait l'esprit trop vacillant pour suivre une idée.
—Aveugles!... murmura Monte-Cristo.