—Pas même moi?» demanda le comte avec une émotion profonde.
Morrel s'arrêta, son œil si pur se ternit tout à coup puis brilla d'un éclat inaccoutumé; une grosse larme en jaillit et roula creusant un sillon d'argent sur sa joue.
«Quoi! dit le comte, il vous reste un regret de la terre et vous mourez!
—Oh! je vous en supplie, s'écria Morrel d'une voix affaiblie, plus un mot, comte, ne prolongez pas mon supplice!»
Le comte crut que Morrel faiblissait.
Cette croyance d'un instant ressuscita en lui l'horrible doute déjà terrassé une fois au château d'If.
«Je m'occupe, pensa-t-il, de rendre cet homme au bonheur; je regarde cette restitution comme un poids jeté dans la balance en regard du plateau où j'ai laissé tomber le mal. Maintenant, si je me trompais, si cet homme n'était pas assez malheureux pour mériter le bonheur! hélas! qu'arriverait-il de moi qui ne puis oublier le mal qu'en me retraçant le bien?
«Écoutez! Morrel, dit-il, votre douleur est immense, je le vois; mais cependant vous croyez en Dieu, et vous ne voulez pas risquer le salut de votre âme.»
Morrel sourit tristement.
«Comte, dit-il, vous savez que je ne fais pas de la poésie à froid; mais, je vous le jure, mon âme n'est plus à moi.