Un long silence suivit ces mots, que le jeune roi avait prononcés avec un sentiment bien vrai et bien profond.

— Je ne puis penser, Sire, continua Marie, tentant un dernier effort, que demain, après-demain, je ne vous verrai plus; je ne puis penser que j’irai finir mes tristes jours loin de Paris, que les lèvres d’un vieillard, d’un inconnu, toucheraient cette main que vous tenez dans les vôtres; non, en vérité, je ne puis penser à tout cela, mon cher Sire, sans que mon pauvre cœur éclate de désespoir.

Et, en effet, Marie de Mancini fondit en larmes. De son côté, le roi, attendri, porta son mouchoir à ses lèvres et étouffa un sanglot.

— Voyez, dit-elle, les voitures se sont arrêtées; ma sœur m’attend, l’heure est suprême: ce que vous allez décider sera décidé pour toute la vie! Oh! Sire, vous voulez donc que je vous perde? Vous voulez donc, Louis, que celle à qui vous avez dit: «Je vous aime» appartienne à un autre qu’à son roi, à son maître, à son amant? Oh! du courage, Louis! un mot, un seul mot! dites: «Je veux!» et toute ma vie est enchaînée à la vôtre, et tout mon cœur est à vous à jamais.

Le roi ne répondit rien.

Marie alors le regarda comme Didon regarda Énée aux Champs élyséens, farouche et dédaigneuse.

— Adieu, donc, dit-elle, adieu la vie, adieu l’amour, adieu le Ciel!

Et elle fit un pas pour s’éloigner; le roi la retint, lui saisit la main, qu’il colla sur ses lèvres, et, le désespoir l’emportant sur la résolution qu’il paraissait avoir prise intérieurement, il laissa tomber sur cette belle main une larme brûlante de regret qui fit tressaillir Marie comme si effectivement cette larme l’eût brûlée.

Elle vit les yeux humides du roi, son front pâle, ses lèvres convulsives, et s’écria avec un accent que rien ne pourrait rendre:

— Oh! Sire, vous êtes roi, vous pleurez, et je pars!