— Le cardinal eût cédé, dit Marie, si vous vous fussiez adressé à lui, si vous eussiez insisté. Le cardinal appeler le roi de France son neveu! comprenez-vous, Sire! Il eût tout fait pour cela, même la guerre; le cardinal, assuré de gouverner seul, sous le double prétexte qu’il avait élevé le roi et qu’il lui avait donné sa nièce, le cardinal eût combattu toutes les volontés, renversé tous les obstacles. Oh! Sire, Sire, je vous en réponds. Moi, je suis une femme et je vois clair dans tout ce qui est amour.

Ces paroles produisirent sur le roi une impression singulière. On eût dit qu’au lieu d’exalter sa passion, elles la refroidissaient. Il ralentit le pas et dit avec précipitation:

— Que voulez-vous, mademoiselle! tout a échoué.

— Excepté votre volonté, n’est-ce pas, mon cher Sire?

— Hélas! dit le roi rougissant, est-ce que j’ai une volonté, moi!

— Oh! laissa échapper douloureusement Mlle de Mancini, blessée de ce mot.

— Le roi n’a de volonté que celle que lui dicte la politique, que celle que lui impose la raison d’État.

— Oh! c’est que vous n’avez pas d’amour! s’écria Marie; si vous m’aimiez, Sire, vous auriez une volonté.

En prononçant ces mots, Marie leva les yeux sur son amant, qu’elle vit plus pâle et plus défait qu’un exilé qui va quitter à jamais sa terre natale.

— Accusez-moi, murmura le roi, mais ne me dites point que je ne vous aime pas.