— Ah! il y a un mais.

— Permettez! Mais elle est un peu comme la peau de ce bel ours, vous savez, qu’on devait vendre, mais qu’il fallait prendre sur l’ours vivant. Or, pour prendre M. Monck, il y aura bagarre.

— Sans doute, mais puisque je lève une armée.

— Oui, oui, je comprends, parbleu! un coup de main. Oh! alors, monsieur, vous triompherez, car nul ne vous égale en ces sortes de rencontres.

— J’y ai du bonheur, c’est vrai, dit d’Artagnan, avec une orgueilleuse simplicité; tu comprends que si pour cela j’avais mon cher Athos, mon brave Porthos et mon rusé Aramis, l’affaire était faite; mais ils sont perdus, à ce qu’il paraît, et nul ne sait où les retrouver. Je ferai donc le coup tout seul. Maintenant, trouves-tu l’affaire bonne et le placement avantageux?

— Trop! trop!

— Comment cela?

— Parce que les belles choses n’arrivent jamais à point.

— Celle-là est infaillible, Planchet, et la preuve, c’est que je m’y emploie. Ce sera pour toi un assez joli lucre et pour moi un coup assez intéressant. On dira: «Voilà quelle fut la vieillesse de M. d’Artagnan»; et j’aurai une place dans les histoires et même dans l’histoire, Planchet.

— Monsieur! s’écria Planchet, quand je pense que c’est ici, chez moi, au milieu de ma cassonade, de mes pruneaux et de ma cannelle que ce gigantesque projet se mûrit, il me semble que ma boutique est un palais.