Un officier se détacha aussitôt pour aller les chercher.

— Combien sont-ils? continua Monck, et quel bateau montent-ils?

— Ils sont dix ou douze, mon général, et ils montent une espèce de chasse-marée, comme ils appellent cela, de construction hollandaise, à ce qu’il nous a semblé.

— Et vous dites qu’ils portaient du poisson au camp de M. Lambert?

— Oui, général. Il paraît même qu’ils ont fait une assez bonne pêche.

— Bien, nous allons voir cela, dit Monck. En effet, au moment même l’officier revenait, amenant le chef de ces pêcheurs, homme de cinquante à cinquante-cinq ans à peu près, mais de bonne mine. Il était de moyenne taille et portait un justaucorps de grosse laine, un bonnet enfoncé jusqu’aux yeux; un coutelas était passé à sa ceinture, et il marchait avec cette hésitation toute particulière aux marins, qui, ne sachant jamais, grâce au mouvement du bateau, si leur pied posera sur la planche ou dans le vide, donnent à chacun de leurs pas une assiette aussi sûre que s’il s’agissait de poser un pilotis. Monck, avec un regard fin et pénétrant, considéra longtemps le pêcheur, qui lui souriait de ce sourire moitié narquois, moitié niais, particulier à nos paysans.

— Tu parles anglais? lui demanda Monck en excellent français.

— Ah! bien mal, milord, répondit le pêcheur.

Cette réponse fut faite bien plutôt avec l’accentuation vive et saccadée des gens d’outre-Loire qu’avec l’accent un peu traînard des contrées de l’ouest et du nord de la France.

— Mais enfin tu le parles, insista Monck, pour étudier encore une fois cet accent.