Le pêcheur fit un mouvement de la tête et des épaules qui signifiait: «S’il y tient, ne le contrarions pas.»

— Ne traverse pas le marais, continua Monck; tu seras porteur d’argent, et il y a dans le marais quelques embuscades d’Écossais que j’ai placées là. Ce sont gens peu traitables, qui comprennent mal la langue que tu parles, quoiqu’elle me paraisse se composer de trois langues, et qui pourraient te reprendre ce que je t’aurais donné, et de retour dans ton pays, tu ne manquerais pas de dire que le général Monck a deux mains, l’une écossaise, l’autre anglaise, et qu’il reprend avec la main écossaise ce qu’il a donné avec la main anglaise.

— Oh! général, j’irai où vous voudrez, soyez tranquille, dit le pêcheur avec une crainte trop expressive pour n’être pas exagérée, Je ne demande qu’à rester ici, moi, si vous voulez que je reste.

— Je te crois bien, dit Monck, avec un imperceptible sourire; mais je ne puis cependant te garder sous ma tente.

— Je n’ai pas cette prétention, milord, et désire seulement que Votre Seigneurie m’indique où elle veut que je me poste. Qu’elle ne se gêne pas, pour nous une nuit est bientôt passée.

— Alors je vais te faire conduire à ta barque.

— Comme il plaira à Votre Seigneurie. Seulement, si Votre Seigneurie voulait me faire reconduire par un charpentier, je lui en serais on ne peut plus reconnaissant.

— Pourquoi cela?

— Parce que ces messieurs de votre armée, en faisant remonter la rivière à ma barque, avec le câble que tiraient leurs chevaux, l’ont quelque peu déchirée aux roches de la rive, en sorte que j’ai au moins deux pieds d’eau dans ma cale, milord.

— Raison de plus pour que tu veilles sur ton bateau, ce me semble.