— Milord, je suis bien à vos ordres, dit le pêcheur. Je vais décharger mes paniers où vous voudrez, puis vous me paierez si cela vous plaît; vous me renverrez si la chose vous convient. Vous voyez que je suis facile à vivre, moi.

— Allons, allons, tu es un bon diable, dit Monck, dont le regard scrutateur n’avait pu trouver une seule ombre dans la limpidité de l’œil du pêcheur. Holà! Digby!

Un aide de camp parut.

— Vous conduirez ce digne garçon et ses compagnons aux petites tentes des cantines, en avant des marais; de cette façon ils seront à portée de joindre leur barque, et cependant ils ne coucheront pas dans l’eau cette nuit. Qu’y a-t-il, Spithead?

Spithead était le sergent auquel Monck, pour souper, avait emprunté un morceau de tabac.

Spithead, en entrant dans la tente du général sans être appelé, motivait cette question de Monck.

— Milord, dit-il, un gentilhomme français vient de se présenter aux avant-postes et demande à parler à Votre Honneur. Tout cela était dit, bien entendu, en anglais.

Quoique la conversation eût lieu en cette langue, le pêcheur fit un léger mouvement que Monck, occupé de son sergent, ne remarqua point.

— Et quel est ce gentilhomme? demanda Monck.

— Milord, répondit Spithead, il me l’a dit; mais ces diables de noms français sont si difficiles à prononcer pour un gosier écossais, que je n’ai pu le retenir. Au surplus, ce gentilhomme, à ce que m’ont dit les gardes, est le même qui s’est présenté hier à l’étape, et que Votre Honneur n’a pas voulu recevoir.