— Le roi Charles Ier m’a fait chevalier de la Jarretière, et la reine Anne d’Autriche m’a donné le cordon du Saint-Esprit. Voilà mes seules dignités, monsieur.

— La Jarretière! le Saint-Esprit! vous êtes chevalier de ces deux ordres, monsieur?

— Oui.

— Et à quelle occasion une pareille faveur vous a-t-elle été accordée?

— Pour services rendus à Leurs Majestés.

Monck regarda avec étonnement cet homme, qui lui paraissait si simple et si grand en même temps; puis, comme s’il eût renoncé à pénétrer ce mystère de simplicité et de grandeur, sur lequel l’étranger ne paraissait pas disposé à lui donner d’autres renseignements que ceux qu’il avait déjà reçus:

— C’est bien vous, dit-il, qui hier vous êtes présenté aux avant-postes?

— Et qu’on a renvoyé; oui, milord.

— Beaucoup d’officiers, monsieur, ne laissent entrer personne dans le camp, surtout à la veille d’une bataille probable; mais moi, je diffère de mes collègues et aime à ne rien laisser derrière moi. Tout avis m’est bon; tout danger m’est envoyé par Dieu, et je le pèse dans ma main avec l’énergie qu’il m’a donnée. Aussi n’avez-vous été congédié hier qu’à cause du conseil que je tenais. Aujourd’hui, je suis libre, parlez.

— Milord, vous avez d’autant mieux fait de me recevoir, qu’il ne s’agit en rien ni de la bataille que vous allez livrer au général Lambert, ni de votre camp, et la preuve, c’est que j’ai détourné la tête pour ne pas voir vos hommes, et fermé les yeux pour ne pas compter vos tentes. Non, je viens vous parler, milord, pour moi.