— Parlez donc, monsieur, dit Monck.

— Tout à l’heure, continua Athos, j’avais l’honneur de dire à Votre Seigneurie que j’ai longtemps habité Newcastle: c’était au temps du roi Charles Ier et lorsque le feu roi fut livré à M. Cromwell par les Écossais.

— Je sais, dit froidement Monck.

— J’avais en ce moment une forte somme en or, et à la veille de la bataille, par pressentiment peut-être de la façon dont les choses se devaient passer le lendemain, je la cachai dans la principale cave du couvent de Newcastle, dans la tour dont vous voyez d’ici le sommet argenté par la lune.

«Mon trésor a donc été enterré là, et je venais prier Votre Honneur de permettre que je le retire avant que, peut-être, la bataille portant de ce côté, une mine ou quelque autre jeu de guerre détruise le bâtiment et éparpille mon or, ou le rende apparent de telle façon que les soldats s’en emparent.

Monck se connaissait en hommes; il voyait sur la physionomie de celui-ci toute l’énergie, toute la raison, toute la circonspection possibles; il ne pouvait donc attribuer qu’à une magnanime confiance la révélation du gentilhomme français, et il s’en montra profondément touché.

— Monsieur, dit-il, vous avez en effet bien auguré de moi. Mais la somme vaut-elle la peine que vous vous exposiez? Croyez-vous même qu’elle soit encore à l’endroit où vous l’avez laissée?

— Elle y est, monsieur, n’en doutez pas.

— Voilà pour une question; mais pour l’autre?... Je vous ai demandé si la somme était tellement forte que vous dussiez vous exposer ainsi.

— Elle est forte réellement, oui, milord, car c’est un million que j’ai renfermé dans deux barils.