— Désirez-vous que nous emmenions du monde? demanda Monck à Athos.
— Général, c’est inutile, je crois, si vous-même n’en voyez pas la nécessité. Deux hommes et un cheval suffiront pour transporter les deux barils sur la felouque qui m’a amené.
— Mais il faudra piocher, creuser, remuer la terre, fendre des pierres, et vous ne comptez pas faire cette besogne vous-même, n’est-ce pas?
— Général, il ne faut ni creuser, ni piocher. Le trésor est enfoui dans le caveau des sépultures du couvent; sous une pierre, dans laquelle est scellé un gros anneau de fer, s’ouvre un petit degré de quatre marches. Les deux barils sont là, bout à bout, recouverts d’un enduit de plâtre ayant la forme d’une bière. Il y a en outre une inscription qui doit me servir à reconnaître la pierre; et comme je ne veux pas, dans une affaire de délicatesse et de confiance, garder de secrets pour Votre Honneur, voici cette inscription:
Hic jacet venerabilis Petrus Guillelmus Scott, Canon. Honorab. Conventus Novi Castelli. Obiit quarta et decima die. Feb. ann. Dom. MCCVIII. Requiescat in pace.
Monck ne perdait pas une parole. Il s’étonnait, soit de la duplicité merveilleuse de cet homme et de la façon supérieure dont il jouait son rôle, soit de la bonne foi loyale avec laquelle il présentait sa requête, dans une situation où il s’agissait d’un million aventuré contre un coup de poignard, au milieu d’une armée qui eût regardé le vol comme une restitution.
— C’est bien, dit-il, je vous accompagne, et l’aventure me paraît si merveilleuse, que je veux porter moi-même le flambeau. Et en disant ces mots, il ceignit une courte épée, plaça un pistolet à sa ceinture, découvrant, dans ce mouvement, qui fit entrouvrir son pourpoint, les fins anneaux d’une cotte de mailles destinée à le mettre à l’abri du premier coup de poignard d’un assassin. Après quoi, il passa un dirk écossais dans sa main gauche; puis, se tournant vers Athos:
— Êtes-vous prêt, monsieur? dit-il. Je le suis.
Athos, au contraire de ce que venait de faire Monck, détacha son poignard, qu’il posa sur la table, dégrafa le ceinturon de son épée, qu’il coucha près de son poignard, et sans affectation, ouvrant les agrafes de son pourpoint comme pour y chercher son mouchoir, montra sous sa fine chemise de batiste sa poitrine nue et sans armes offensives ni défensives.
«Voilà, en vérité, un singulier homme, se dit Monck, il est sans arme aucune; il a donc une embuscade placée là-bas?»