Tout en soupant, c’est-à-dire en mangeant ce poisson arrosé de mauvaise ale, Monck se fit raconter les derniers événements de la Fronde, la réconciliation de M. de Condé avec le roi, le mariage probable de Sa Majesté avec l’infante Marie-Thérèse; mais il évita, comme Athos l’évitait lui-même, toute allusion aux intérêts politiques qui unissaient ou plutôt qui désunissaient en ce moment l’Angleterre, la France et la Hollande. Monck, dans cette conversation, se convainquit d’une chose, qu’il avait déjà remarquée aux premiers mots échangés, c’est qu’il avait affaire à un homme de haute distinction.
Celui-là ne pouvait être un assassin, et il répugnait à Monck de le croire un espion; mais il y avait assez de finesse et de fermeté à la fois dans Athos pour que Monck crût reconnaître en lui un conspirateur. Lorsqu’ils eurent quitté la table:
— Vous croyez donc à votre trésor, monsieur? demanda Monck.
— Oui, milord.
— Sérieusement?
— Très sérieusement.
— Et vous croyez retrouver la place à laquelle il a été enterré?
— À la première inspection.
— Eh bien! monsieur, dit Monck, par curiosité, je vous accompagnerai. Et il faut d’autant plus que je vous accompagne, que vous éprouveriez les plus grandes difficultés à circuler dans le camp sans moi ou l’un de mes lieutenants.
— Général, je ne souffrirais pas que vous vous dérangeassiez si je n’avais, en effet, besoin de votre compagnie; mais comme je reconnais que cette compagnie m’est non seulement honorable, mais nécessaire, j’accepte.