— Ah! Digby nous a suivis, à ce qu’il paraît, dit-il; tant mieux, il va nous procurer ce qu’il nous faut.
— Oui, général, il y a effectivement là-bas un homme qui depuis quelque temps marche derrière nous.
— Digby! cria Monck, Digby! venez, je vous prie.
Mais, au lieu d’obéir, l’ombre fit un mouvement de surprise, et, reculant au lieu d’avancer, elle se courba et disparut le long de la jetée de gauche, se dirigeant vers le logement qui avait été donné aux pêcheurs.
— Il paraît que ce n’était pas Digby, dit Monck.
Tous deux avaient suivi l’ombre qui s’était évanouie; mais ce n’est pas chose assez rare qu’un homme rôdant à onze heures du soir dans un camp où sont couchés dix à douze mille hommes pour qu’Athos et Monck s’inquiétassent de cette disparition.
— En attendant, comme il nous faut un falot, une lanterne, une torche quelconque pour voir où mettre nos pieds, cherchons ce falot, dit Monck.
— Général, le premier soldat venu nous éclairera.
— Non, dit Monck, pour voir s’il n’y aurait pas quelque connivence entre le comte de La Fère et les pêcheurs; non, j’aimerais mieux quelqu’un de ces matelots français qui sont venus ce soir me vendre du poisson. Ils partent demain, et le secret sera mieux gardé par eux. Tandis que si le bruit se répand dans l’armée écossaise que l’on trouve des trésors dans l’abbaye de Newcastle, mes highlanders croiront qu’il y a un million sous chaque dalle, et ils ne laisseront pas pierre sur pierre dans le bâtiment.
— Faites comme vous voudrez, général, répondit Athos d’un ton de voix si naturel, qu’il était évident que, soldat ou pêcheur, tout lui était égal et qu’il n’éprouvait aucune préférence.